Programme 2016-2020 AAPPMA La Truite du Haut Verdon

Dans le cadre du renouvellement du bureau et du CA de l'AAPPMA. Il est du devoir de l'équipe sortante d'effectuer un retour en arrière sur son action depuis 2011, de même que de proposer un programme correspondant à une vision pour les quatre années à venir.
Les réussites

  • Pour beaucoup, ce n'est pas une évidence mais la première réussite de l'AAPPMA c'est d'avoir fait correspondre son territoire à l'entité biologique que représente le Haut Verdon géographique. A l'heure actuelle tout les outils de gestions dont nous disposons sont pensés à l'échelle de ce bassin versant depuis le lac de Castillon jusqu'à la Tête de la Sestrière. Nous sommes plus en avance sur la partie amont du bassin parce que nous avons appliqué cette logique dès 2008, date de la fusion entre l'ex Vaubannaise et l'ex Alpine. Et nous ne doutons pas des effets positifs à venir pour la partie sud du bassin versant. La fusion avec l'ex Verdissole datant de 2011.
  • En partie du fait de cette unification, la science a largement commandé nos actions de protection et de gestion. L'étude génétique de 2012 a permis d'avoir une connaissance très précise des populations de truites. Les installations allossardes ont permis de cibler beaucoup plus précisément les alevinages en torrent tout en dégageant de larges dotations utilisables ailleurs, notamment sur le lac de Castillon. L'effort sur les adoux, où la fonction de pépinière est de mieux en mieux appréhendée, s'est intensifié. L'adoption d'un discours beaucoup plus expert a également largement contribué à notre force de lobbying, tant en ce qui concerne la représentation que la défense de l'AAPPMA.
  • Cette approche plus rationnelle a aussi conduit à un encadrement plus moderne de la pêche. En clair, moins de prélèvement mais plus gros. D'où les parcours No-Kill, entre autres importants réservoirs de géniteurs de tailles respectables, et l'augmentation de la maille à 23 cm. Il est aussi à noter, au passage, qu'il n'y a plus, aujourd'hui, de réserve intégrale d'association sur des secteurs de pêche.
  • Cet encadrement plus moderne est également à mettre en relation avec l'accroissement de visibilité de l'AAPPMA. La Truite du Haut Verdon, avec un site internet, une page facebook, un logo et une présence accrue dans les médias, est devenue une AAPPMA visible pour tous, ainsi que dans les instances fédérales et auprès de tout ce qui compte sur son territoire.
  • Mais cette visibilité ne servirait à rien si elle ne correspondait pas à un discours clair et facilement identifiable, tant pour les pêcheurs que pour notre principal partenaire hors halieutisme : l'Etat.

In fine, certes sur la période nous avons perdus des pêcheurs – environ 15 % - mais pas autant que ce que nos mesures auraient pu causer si les prédictions des Cassandre s'étaient réalisées. Sans compter que la chute s'est surtout opérée lors des deux premières années de notre mandat. D'ailleurs, en 2015, l'année de la maille à 23, les effectifs ont légèrement cru. Le but de toutes ces actions, dont la maille à 23 cm a été la plus spectaculaire, est triple :

  1. La préservation de nos souches de truites autochtones, résultat de milliers d'années d'adaptation, notre patrimoine naturel est notre meilleure assurance en vue des probables répercutions du changement climatique. Ces truites sont beaucoup plus robustes du fait d'une diversité génétique extraordinairement plus développée que toutes les souches de truites exogènes potentiellement à notre disposition.
  2. L'accroissement des populations tant en tailles qu'en nombres
  3. La satisfaction d'une nouvelle demande qui tend à se développer

Nous sommes à la croisée des chemins. La pêche associative actuelle est l'héritière d'une pêche traditionnelle vivrière mais elle recule devant une pêche sportive où le prélèvement n'est plus systématique. Toute la difficulté pour nous gestionnaire est là. Avancer sans oublier. Tâche ardue auquel, bon grès mal grès, nous avons répondu sans peur. Par le passé, la priorité était donnée au PLUS. Nous nous sommes efforcés de donner la priorité au MIEUX.
L'Avenir comportera très certainement nombre de difficultés. Sauf qu'entre temps nous avons pris une avance importante sur le reste de la pêche associative, dans le 04 comme ailleurs. Pour autant cela ne doit pas nous dédouaner de toutes critiques ou autocritiques.
Les ratés

  • L'établissement trop tardif, au bout d'un an et demi, d'une ligne de gestion claire et clairement environnementaliste.
  • Les dysfonctionnements interne du CA et affiliés de l'AAPPMA. En effet, depuis 2011, nous n'avons pas réussi à trouver un fonctionnement institutionnel qui satisfasse les membres les plus impliqués. Trois raisons à cela :
  1. Les emplois du temps individuels
  2. L'absence de culture au sein des AAPPMA d'une gestion collective et rigoureuse.
  3. La conception très parcellaire de la quasi totalité des membres du CA et affiliés quant à la finalité d'une AAPPMA
  4. La primauté donné à la Nature par le président même au prix du mécontentement de ses plus proches camarades.
  • La perte du lac des Sagnes en 2012 qui résulta de plusieurs facteurs, tous humains :
  1. Le départ de l'ancien Président de l'ASA d'irrigation de Thorame-Haute qui a libéré les conceptions les plus conservatrices de ce syndicat.
  2. La confusion des genres où les rapports de forces purement thoramiens ont été des facteurs aggravants
  3. L'absence de cadres réglementaires clairs compatibles avec nos statuts
  4. L'inexpérience d'alors du président de l'AAPPMA
  • L'échec deux années d'affilées, en 2014 et en 2015, de la production de truites arc en ciel aux bassins d'Allons. Il n'y a là qu'une seule explication : nous sommes tombés sur plus forts que nous : les cormorans. A l'heure actuelle, nous n'avons pas dans l'AAPPMA, ni ailleurs, de solutions efficaces à ce problème. Du moins pas de solutions qui ne nous face consacrer la majeure partie des ressources de l'AAPPMA en temps et en argent pour des résultats très parcellaires à l'échelle du bassin versant.

Maintenant qu'ils sont identifiés nous avons le devoir de remédier à ces manques.
L'Avenir
 Un objectif majeur : préparer l'AAPPMA au futur en donnant la priorité absolue à notre patrimoine naturel.
Nous passons d'un monde aux capacités illimitées, de prime abord, à un monde fini. Dans un tel contexte, pour la pêche associative, il y a quatre contraintes majeures :

  1. Le changement climatique
  2. L'action directe de l'homme sur les milieux
  3. L'intégration de plus en plus poussée des territoires qui se traduit par un contexte réglementaire de plus en plus développé
  4. Un basculement progressif des attentes des pêcheurs

D'abord, pour répondre à ces contraintes il va falloir adapter notre méthode de gestion par l'accroissement des réunions de bureau et de CA sur le modèle fédéral. Actuellement, nos statuts nous imposent de réunir régulièrement le CA. Cependant, compte tenu de la complexité croissante à laquelle les membres du bureau (Président, Vice(s)-Président(s), Trésorier et Secrétaire) doivent faire face et de la cohésion accrue que cette situation induit, la tenue de réunions en strict huit-clos s'impose. Dans le même temps, afin de ne pas concentrer les pouvoirs et faire remonter les besoins du terrain, ces réunions de bureau seront suivies d'au moins 4 réunions de CA dans l'année. Notamment grâce à la mise à disposition de la salle des associations par la mairie de Thorame-Haute. Reste à définir dans l'Hiver avec la commune, et les autres associations, du calendrier des mises à disposition.
Dans l'exercice qui s'ouvre devant nous, nous pourrons nous appuyer sur l'extraordinaire richesse du territoire de notre AAPPMA. La Truite du Haut Verdon c'est 250 km de cours d'eau pérennes, 220 km abritent des truites dont 150 km avec des truites de souches autochtones. Sans compter le plus grand lac d'altitude d'Europe. Tout cet ensemble nous oblige lourdement. Mais c'est aussi là notre plus grande force.
La préservation des souches autochtones a plusieurs avantages :

  1. Ces poissons tiennent mieux les aléas climatiques
  2. Leur présence est potentiellement une arme dissuasive et de défense efficace contre les multiples aménagements dégradant les milieux comme les STEP vieillissantes, ou mal gérées, et les projet de microcentrales hydoélectriques.
  3. Cette préservation correspond aussi à une volonté sociétale et donc institutionnelle
  4. Ces truites sont de plus en plus recherchées par les pêcheurs

En conséquence toute l'action de l'AAPPMA va s'organiser autour de la préservation du patrimoine biologique que sont les truites autochtones. Action dont voici les grandes articulations :

  • Premièrement, le maintient des souches de truites par l'action sur les milieux. C'est à dire la lutte contre les pollutions et les aménagements dégradants la qualité écologiques des eaux, ainsi que l'entretien des adoux.
  • Deuxièmement, le kilométrage non négligeable de cours d'eau d'où les truites autochtones sont absentes nous obligent à maintenir les populations d'origine exogène. En effet, ces populations permettent de répondre efficacement à l'attente d'une grande part des pêcheurs de l'AAPPMA, tout en diminuant sensiblement la pression de pêche sur les populations à forte valeur patrimoniale. Cependant ces truites exogènes représentent un risque de pollution génétique et donc une diminution de l'adaptabilité générale. Un tel maintient nécessite donc une précision plus poussée dans l'introduction de ces truites afin de bien compartimenter ces populations distinctes. Chose tout à fait envisageable sous réserve d'une discipline accrue.
  • Troisièmement, la reprise en main du lac d'Allos. Comme vous avez pu le constater, le plus grand lac d'altitude d'Europe ne va pas bien. Nous assistons à l'interminable effondrement des populations et à ce qui semble être un déséquilibre physico-chimique. La réponse traditionnelle serait l'alevinage mais là nous nous heurtons à l'intransigeance du Parc National du Mercantour, de même que nous ne devons pas ignorer les potentiels déséquilibres qu'une telle action entraînerait. N'oublions pas que les vairons, cause de grands déséquilibres, ont été amenés par les pêcheurs. En premier lieu, cette pièce d'eau doit faire l'objet d'une étude approfondie par la pêche associative, qui en a les moyens, avec la participation du PNM. C'est là la seule solution viable.
  • Quatrièmement, accompagner la mutation vers une pêche plus sportive par la baisse du quotas. Nous avons l'intention de demander la baisse du quota à 4 poissons par jour et par pêcheur. Mais il est plus probable que le nombre retenu soit 6. Dans les deux cas la diminution sera marquée. Le but recherché étant de prélever moins mais mieux.
  • Cinquièmement, éduquer. Par un discours et des actes cohérents. Par le perfectionnement de notre ancrage numérique et par la poursuite du développement de l'Atelier Pêche Nature, plus communément appelé « école de pêche ».
  • Sixièmement, l'ouverture. Par des journées d'action comme le nettoyage des cours d'eaux. Par un halieutisme plus abordable, des lacs de Castillon et éventuellement des Sagnes, rendu possible par leur origine artificielle. Tout en maintenant une continuité avec le reste du bassin versant par les espèces envisagées comme par l'esprit.

En conclusion, au sein de notre AAPPMA, nous avons la chance de posséder un nombre important d'acteurs aux compétences variées et aux attentes qui le sont tout autant. Ainsi nous devons chacun d'entre nous proposer, et si cela est possible, puisque réalisable et ne portant aucun préjudice à nos devoirs et prérogatives, organiser ensemble les créations qui font que notre AAPPMA est vivante et motivante. Maintenant nous nous entendons tous, membres du CA sortant, pour dire que nous avons pris la décision de ne plus pratiquer les lâchers concentrés classiques et que nous suivrons notre ligne directrice. Le but ultime de toutes les actions envisagées correspond justement à l'obligation de créer un lien vers l'avenir. L'Avenir de nos enfants ! Voilà le coeur du programme des quatre années qui s'ouvrent.
 

Publié le
Jeudi, 25 February, 2016 - 23:00